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Objectif P19 : La sélection bat son plein dans tout le pays. Reportage à Antsirabe

17 mai 2018 , dans Sélection

Silencieux, concentrés, le visage anxieux, les élèves de Terminales d’Antsirabe passent aujourd’hui le concours d’entrée au Programme SESAME. Ils sont une quarantaine, présélectionnés par leur lycée ou leur association, partenaires du Programme, suivant plusieurs critères : leur niveau scolaire excellent, leur motivation, mais aussi leur très modeste milieu socio-économique. « C’est stressant ces tests, j’ai l’impression que mon avenir en dépend ! » s’exclame Diamondra, en Terminale A au Lycée Saint Joseph d’Antsirabe, d’une voix timide, en se tordant les mains. « C’est la chance de ma vie, car je doute de pouvoir faire des études, je vis avec ma tante, mes parents sont morts, » confie Hanjara, qui rêve d’être médecin.

Les candidats se répartissent dans trois salles de classe du Lycée Saint Joseph, pour deux heures de test sous forme de QCM : une heure de français puis une heure de maths, sous la surveillance de l’équipe du Programme SESAME qui parcourt tout le pays pendant plus de trois mois pour sélectionner les 96 futurs étudiants de la Promotion 2019, parmi plus d’un millier de candidats.

Au bout de deux heures, les candidats soufflent dans la cour. « Le test de français était assez facile, je n’ai pas eu de difficultés, » se réjouit Dany, en Terminale D. « Le test de maths était vraiment très difficile ! Nous n’avons pas encore vu certaines parties du programme », affirme de son côté Sitraka, la mine déçue. Tous ses camarades approuvent, ils sont inquiets.

En quelques minutes les QCM sont corrigés par l’équipe de SESAME : les notes s’échelonnent de 8 à 20/20 en français et de 3 à 13/20 en maths. 24 candidats sont immédiatement sélectionnés pour passer un oral le jour-même. « Pendant cet entretien, nous voulons évaluer leur motivation et plus généralement leur personnalité, nous voyons s’ils sont dynamiques, à l’aise, intéressés par leur avenir, explique Liva Ratsimbazafy, du Bureau Orientation Emploi de SESAME et chef de mission pour cette tournée de sélection à Antsirabe, Miandrivazo et Morondava. Nous vérifions aussi les informations socio-professionnelles concernant leur famille, car le Programme vise à aider des jeunes défavorisés qui n’ont pas d’alternative pour faire les études supérieures de leur choix. »

Dans une salle de classe, les candidats sont reçus un par un, certains sont venus avec un de leurs parents. Ils répondent, en français, aux questions de l’équipe SESAME sur leur personnalité et leur projet, mais aussi sur leurs conditions de vie : quel métier t’intéresse ? quelles études veux-tu faire ? Quelles sont tes qualités et tes défauts ? As-tu des activités extra-scolaires ? Où vis-tu ? Combien de pièces comporte ta maison ? Quelles sont les activités de tes parents ? Combien gagnent-ils chaque mois ? etc. L’entretien est fouillé, il dure de 20 à 30 minutes pour chaque candidat. Les questions précises déstabilisent parfois les candidats.

Les yeux baissés, le dos courbé, les mains jointes, certains jeunes répondent aux questions d’une voix presque inaudible. Parfois le silence s’installe. « C’est tellement dur de les faire parler. C’est un exercice difficile pour eux ! » s’exclame Tantely, responsable des éducateurs sur le campus SESAME, qui mène les entretiens avec Liva. Les candidats sont bloqués, trop impressionnés pour s’exprimer. Tous peinent à énoncer leurs qualités et leurs défauts, beaucoup ont du mal à se mettre en valeur et à défendre leur candidature. « C’est la première fois que je passe un entretien, c’est très difficile d’affronter le jury. Je n’ai pas l’habitude de parler de moi à des gens que je ne connais pas, » raconte Hasimbola, venue avec son père. « Le plus difficile c’était lorsqu’ils m’ont demandé pourquoi ils devraient me prendre moi et pas une autre lycéenne. Je n’avais pas d’idée pour répondre, » regrette Christina.

De plus, la grande majorité des lycéens reçus en entretien connaissent peu les filières universitaires qui s’offrent à eux. Rares sont ceux qui ont pu parler de leur avenir avec un conseiller d’orientation ou qui ont abordé cette question avec leur famille. Beaucoup se montrent même très confus sur les métiers qu’ils visent et sur leur motivation. « Je voudrais être juge, car ma grand-mère et ma mère rêvaient de faire ce métier », dit une candidate sans pouvoir expliquer ce qui lui plait dans ce métier. « Je veux être PDG car ce sont des gens intéressants, mais je ne veux pas perdre de temps dans les études », assure une autre lycéenne d’une voix candide. Les candidats veulent être magistrat, médecin, manager ou expert-comptable, mais sans bien connaître les études à mener, ni les qualités requises pour tel ou tel métier.

Grâce à une grille d’évaluation très précise, les équipe de SESAME attribue à chaque candidat une note sur 20, qui leur permettra de valider leur sélection finale au mois de juin. Mais les entretiens ont un autre but. « Ce ne serait pas correct d’arriver, prendre les meilleurs et repartir, en négligeant tous ceux qui n’ont pas le bon profil. Nous ne pensons pas qu’à notre Programme et à notre sélection », explique Liva du Bureau Orientation Emploi de SESAME. En effet les équipes du Programme profitent de ces entretiens pour prendre le temps de donner des conseils à chacun des candidats. « Tu dois t’ouvrir davantage, inscris-toi à des clubs ou à des associations », suggère Tantely à un jeune lycéen très renfermé. « Tu devrais mieux te renseigner sur les débouchés en télécoms ou informatique et sur les différents établissements supérieurs qui proposent ces cursus », conseille-t-elle à une candidate de Terminale C qui n’a qu’une idée très vague des métiers d’ingénieur.

Grâce à cet entretien et aux conseils du jury, les lycéens prennent conscience de l’importance de s’informer et de réfléchir à leur orientation, mais aussi de l’utilité d’identifier leurs points forts et leurs points faibles. « Je suis perdue, je ne sais pas quoi faire comme études, mais grâce à l’entretien j’ai compris que je dois m’appuyer sur mes points forts pour m’orienter, » analyse Sarah, en Terminale C. « Ces conseils vont beaucoup m’aider, ils m’ont dit de développer ma personnalité, d’aller vers les autres, » rapporte Diari, en Terminale G.

Après les tests écrits et les entretiens, il reste encore une étape importante dans ce processus de sélection : les visites à domicile, qui permettent aux équipes du Programme de vérifier les informations communiquées par les candidats, afin de ne sélectionner que des étudiants qui ont réellement besoin d’un appui pour faire des études supérieures. Parfois les candidats sous-évaluent les revenus de leur famille ou omettent des informations. « Ce candidat nous a dit qu’ils n’avaient pas l’électricité chez eux, mais ici nous voyons qu’ils vivent dans une maison très confortable, grande, avec des panneaux solaires, explique Liva en découvrant la maison du jeune garçon. Nous ne voulons pas commettre d’injustices : nous devons attribuer les 96 places aux plus méritants. »

La liste finale des étudiants de la P19 sera finalisée en juillet, puis communiquée aux lycées et associations partenaires du Programme. « Je suis très angoissé par les résultats, car j’ai vraiment besoin d’aide, mes parents n’ont pas les moyens de me payer les études, » affirme Eddy en Terminale D. « Je me sens libéré, il ne reste qu’à attendre les résultats. Mais je suis inquiet, car la concurrence est rude ! » conclue Fanilo.