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Portrait d’Angelo Herina, 21 ans : insertion réussie

20 déc 2017 , dans Les étudiants

Angelo fait partie des tout premiers étudiants du Programme SESAME : il a intégré le Programme SESAME en 2013 au sein de la première promotion et a été accompagné tout au long de ses études à Tana. Aujourd’hui il vit seul dans son appartement, il gagne sa vie et déborde de projets. Mais avant d’en arriver là, la route a été longue pour ce jeune homme courageux et volontaire.

Originaire de la brousse à 30 km de Tuléar, Angelo est le dernier d’une fratrie de six enfants. Sa maman, cultivatrice, séparée de son mari, a élevé seule ses enfants et a vite repéré son petit dernier, turbulent mais débrouillard et déterminé à aller loin. Après avoir réussi son Certificat d’Etudes Primaires, Angelo poursuit donc sa scolarité secondaire à Tuléar. A 11 ans, il vit seul avec son grand frère de 15 ans. « Ma mère nous donnait 20 000 ariary par mois [cinq euros], du riz et du charbon et on se débrouillait tous les deux. Le vendredi je prenais mon vélo et je faisais les 30 km pour rentrer au village, raconte Angelo, volubile et très à l’aise, alors que ses parents ne parlent pas le français.

Ses frères et sœurs arrêtent leur scolarité avant le BEPC, mais Angelo lui continue et prépare un Bac L, il rêve de devenir journaliste. Très actif, il fait partie d’un groupe de slameurs de Tuléar, d’une association de poètes malgaches et d’une troupe de théâtre avec laquelle il fait des pièces radiophoniques. Il fait aussi une formation en communication au sein de l’ONG Bel Avenir à Tuléar et découvre la communication événementielle. Angelo rencontre beaucoup de monde, il s’informe et affine son projet professionnel. « J’ai abandonné l’idée d’être journaliste, il y a trop de corruption dans ce métier. J’ai décidé que je voulais faire des études de communication, explique le jeune homme. Le problème c’est que cette filière n’existe pas à Tuléar et ma mère ne pouvait pas financer mes études à Tana. »

C’est alors que le Programme SESAME vient au secours d’Angelo. Pré-sélectionné par son lycée en Terminale, il passe le concours pour intégrer la première promotion du Programme. « On a dû attendre les résultats du concours jusqu’en juillet, c’était très long ! Et quand on m’a dit que j’étais admis, j’étais très content, se souvient Angelo. Ma mère était d’accord, mais elle m’a mis en garde : tu pars d’ici pour étudier, pas pour faire autre chose. Des gens paient pour toi, donc il faut faire honneur à cette chance. »

Pourtant, Angelo demeure un garçon dissipé qui joue avec le feu pendant ses études supérieures, d’abord en Année Préparatoire (AP) sur le campus du Programme SESAME, puis en Licence au SAMIS-ESIC (Ecole Supérieure d’Information et de Communication), un établissement réputé au sein du collège jésuite Saint-Michel à Antananarivo. « En AP, il avait du mal à s’exprimer en français, il avait plutôt l’habitude d’utiliser le Malgache parlé dans la région de Tuléar. Il avait aussi un niveau scolaire moyen, de grandes difficultés socio-économiques et une histoire personnelle difficile, ce qui explique son comportement », analyse Ursule, responsable de l’équipe pédagogique de l’AP. « Il était rebelle et parfois agressif, il manquait de discipline et était souvent absent en cours. Il a même reçu un avertissement en L2, » témoigne Emma, responsable des éducateurs SUP au sein du Programme.

Mais au fil du temps Angelo mûrit, il devient plus responsable. « Il a beaucoup changé l’année dernière en L3, il est plus structuré, il s’exprime mieux, » assure Emma. En effet Angelo va au bout de sa Licence et décroche son premier emploi en juillet dernier, comme Conseiller Client au sein de Téléperformance, l’un des leaders mondiaux de l’externalisation de services. Il vient de valider sa période d’essai et va signer un CDI. « Toute la journée je reçois des appels de clients français d’un opérateur internet, souvent très énervés. J’apprends beaucoup en communication relationnelle ! s’exclame Angelo, tout en reconnaissant qu’il est encore loin de ses ambitions. J’aimerais devenir directeur de la communication d’une entreprise ou créer ma société en communication à Tuléar. »

Angelo rêve aussi d’obtenir une bourse pour poursuivre ses études en Master à l’étranger. Il voudrait également pouvoir envoyer de l’argent régulièrement à sa maman pour l’aider. Le jeune homme ne manque pas de projets ambitieux, mais ce premier emploi est déjà une réussite d’après les équipes de SESAME. « C’est très positif qu’il ait ce poste compte-tenu de son profil à son arrivée sur le campus, il a beaucoup progressé, c’est une fierté pour nous, » affirme Ursule. « Je suis autonome, je peux subvenir à mes besoins et j’ai un petit appartement. J’en suis très fier, même si ce n’est pas grand-chose ! », confirme Angelo en souriant, les yeux pétillants.