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Reportage dans un foyer SUP : l’apprentissage de l’autonomie

14 juin 2018 , dans Les étudiants

Aujourd’hui c’est Cario qui a fait la cuisine pour les cinq étudiants du foyer de Bevalala. Demain ce sera au tour de Frédéric, tandis que Vissi, Bijou et Samuel s’occupent de la sécurité, du ménage et de la gestion des dépenses. Ici, comme dans tous les foyers SUP, les tâches sont équitablement réparties et l’ambiance est excellente entre les cinq jeunes garçons, tous étudiants à l’Ecole Professionnelle Supérieure Agricole (EPSA), en L1 et L2. « Chaque soir on se réunit à 20h pour faire le point sur les tâches et les éventuels problèmes et pour discuter des courses à faire et des dépenses », explique Frédéric, assis avec ses camarades dans leur grande pièce de vie. Cinq lits, des armoires, une table de travail, deux ordinateurs, avec une connexion internet, composent ce foyer calme et spacieux situé au rez-de-chaussée d’un internat tenu par une congrégation de Sœurs, dans une petite ruelle du quartier de Bevalala, dans le sud de Tananarive. Le grand bâtiment de briques abrite au total une vingtaine d’étudiants, dont les sept « Sésamiens » – cinq garçons et deux filles – tous étudiants à l’EPSA.

C’est dans ce foyer qu’ils vont vivre pendant toute la durée de leurs études supérieures, jusqu’en L3 ou en Master. En effet, après l’Année Préparatoire passée sur le campus d’Ambatoroka, les 150 étudiants SUP de SESAME ont été répartis dans les 23 foyers du Programme, à Tananarive et Antsirabe. Le plus souvent ce sont des appartements en ville, pouvant accueillir une dizaine d’étudiants.

Ici à Bevalala, les étudiants SESAME ont la chance d’être dans un internat et de côtoyer d’autres étudiants. « Le foyer est calme, il est proche de notre Ecole et il y a d’autres étudiants, on peut réviser ensemble ou demander de l’aide aux ainés », se félicite Fanilo, qui partage une petite chambre avec Nodienn. Complices et sérieuses, les deux jeunes filles ont l’habitude de faire leurs devoirs ensemble, chaque soir elles travaillent à deux sur l’ordinateur du foyer. Comme les garçons, elles se relayent aussi pour les tâches ménagères.

Dans tous les foyers SUP, un règlement intérieur, affiché au mur, rappelle les règles de vie du foyer, en matière d’ordre, d’hygiène, d’intendance collective, etc. Les étudiants de SESAME veillent à le respecter, ce qui garantit non seulement une bonne organisation de la vie quotidienne, mais aussi une bonne entente entre les étudiants. « En arrivant au foyer, les étudiants ne savent pas bien s’organiser pour les tâches, ils ne savent pas non plus dialoguer pour résoudre les problèmes entre eux. Mais au bout de quelques mois, ils apprennent à vivre avec les autres, à accepter les différences et à valoriser les points forts de chacun, » souligne Emma, responsable des référents SUP. « Ils apprennent à être responsables au foyer, ajoute Onintsoa, référente SUP. Au début ils le font par obligation, puis ils comprennent que les règles font partie de la vie quotidienne et ils remplissent leurs tâches spontanément. » « Ici on est plus libre qu’en AP, mais on est devenu plus responsable, confirme Fanilo. On doit faire attention à tout, aux horaires, à la nourriture, à l’eau et à la lumière, ce sont des grandes responsabilités ! »

Autre défi pour les étudiants SUP : la gestion de leur budget. Ils doivent non seulement gérer leur bourse SESAME, distribuée tous les deux mois et qui prend en charge les écolages, les frais de déplacement et leurs fournitures ou photocopies, mais ils doivent également gérer le budget alloué par leurs parents chaque mois pour la nourriture et les frais quotidiens. « Tous ne reçoivent pas la même chose, certains reçoivent de l’argent, d’autres reçoivent aussi du charbon et du riz. Parfois des disputes peuvent surgir sur la participation des uns et des autres aux dépenses communes de nourriture, nous observons et nous recadrons », raconte Manitra.

Pour aider ses étudiants à mûrir et à devenir plus responsables, le Programme SESAME les encourage à avoir des activités bénévoles, parallèlement à leurs études. Ainsi Fanilo et Nodienn donnent des cours – allemand pour l’une, physique-chimie pour l’autre – à des collégiens en difficultés et défavorisés, au sein d’une association partenaire de SESAME. « Parfois c’est difficile, ils n’écoutent pas bien, mais c’est une bonne expérience. Ça fait du bien d’aider ses cadets ! » assure Nodienn, tandis que Fanilo renchérit : « On leur donne des conseils, on leur parle de notre parcours et quand on voit qu’ils ont de l’ambition et qu’ils ont envie de faire quelque chose de leur vie, ça nous encourage à revenir tous les samedis. » Certains étudiants prennent goût à ces projets et parfois ils y passent plus de temps que prévu, de leur propre initiative. Le pari est alors gagné : les étudiants sont investis et gagnent en maturité. « Grâce à ces projets, nous observons que les étudiants ont une meilleure estime d’eux-mêmes et sont plus responsables, » souligne Emma, la responsable des référents.

Dans les foyers SUP, outre les devoirs, les activités bénévoles et les tâches quotidiennes, les étudiants ont aussi des temps conviviaux, pour fêter les anniversaires, faire des sorties ou partager un temps de prière. Les semaines sont bien remplies et parfois les étudiants se laissent déborder et peuvent perdre pied. Mais ils ne sont pas seuls, ils sont suivis chaque semaine par un référent du Programme SESAME, qui les écoute, les conseille, trouve des solutions. Et les recadre aussi lorsque c’est nécessaire.

Dans quelques semaines les étudiants partiront en stage. Les étudiants de L1 de l’EPSA iront en stage ouvrier dans des fermes pendant deux mois. Une nouvelle étape dans leur parcours personnel et professionnel, avant de se retrouver au foyer pour une nouvelle année tous ensemble. « Le SUP c’est une bonne expérience pour notre vie plus tard, on apprend beaucoup. Quand on était en AP on était fier, mais maintenant qu’on est au foyer, on est fier d’être en SUP ! » affirme en riant Frédéric.